Afghanistan: la France en première ligne !

Lors de son allocution télévisée le lundi 16 août dernier, le Président de la République a clairement présenté les enjeux de l     a crise que connaît l’Afghanistan depuis plusieurs mois et singulièrement après la prise de Kaboul par les Talibans. Les images que nous avons dans les rues de la capitale et à l’aéroport sont bouleversantes et choquantes. Elles montrent la détresse et la peur d’un peuple qui craint l’arrivée au pouvoir de ceux qui avaient déjà fait souffrir le pays de 1996 à 2001.

Il faut bien sûr marquer notre solidarité avec le peuple Afghan et notamment les femmes qui risquent à nouveau de revenir à des conditions de vie moyenâgeuse. On peut légitimement craindre le pire pour toutes celles et ceux qui ont cru à la transformation de leur pays depuis 20 ans. Qu’adviendra-t-il des femmes, des civils qui ont coopéré avec la coalition internationale, des fonctionnaires qui ont travaillé pour l’ancien gouvernement ?

Il semble que les évacuations entreprises depuis quelques jours concernent également ces personnes mais on sait très bien que toutes ne pourront fuir et celles qui restent tomberont inévitablement aux mains des Talibans.

Les Talibans de 2021 ne sont plus ceux de 1996, des étudiants en théologie venus des campagnes et qui ne connaissaient rien au pouvoir et au monde qui les entourent. On le voit dans leur communication et dans leur manière d’aborder leur prise de pouvoir. Ils n’ont pas commis l’erreur de prendre Kaboul par la force de manière à ne pas fâcher davantage les pays dont ils veulent se faire des alliés.

Ils ont vaincu la première puissance du monde, les Etats-Unis, et cherche à transformer une situation de fait en situation de droit. C’est pourquoi les premières déclarations des leaders Talibans se veulent rassurantes : amnistie générale pour les fonctionnaires, droit pour les femmes de travailler « selon les règles de la Charia », constitution d’un gouvernement incluant toutes les sensibilités présentes en Afghanistan. D’ailleurs plusieurs pays comme la Chine, la Russie ou l’Iran ont commencé à discuter avec eux.

Comme l’a précisé le Ministre des Affaires Etrangères, Jean-Yves LE DRIAN, il faudra juger de la situation en fonction des actes et non pas des paroles. On est quand même en droit de s’inquiéter sur la suite des événements.

En effet, les témoignages recueillis dans les régions qu’ils ont conquises montrent que sur le fond rien n’a vraiment changer et que c’est toujours l’obscurantisme qui préside à leur décision : les filles n’ont plus eu le droit d’aller à l’école, les femmes devaient nécessairement être accompagnées par un homme pour pouvoir sortir ou aller travailler sous peine d’être fouettées, l’adultère étaient puni de lapidation et toutes les religions autre que sunnisme intégriste ont été proscrites.

Autre inquiétude, le fait que l’Afghanistan redevienne une base arrière pour les terroristes de tout poil comme ce fut le cas avant la chute du régime en 2001 et notamment Al-Qaida. Un engagement avait été pris en ce sens lors des négociations avec l’administration Trump sur le retrait militaire des Etats-Unis et un des leaders des Talibans s’est récemment exprimé dans les mêmes termes sur ce sujet. Mais jusqu’où peut-on leur faire confiance ?

On se souvient que lors du retrait des troupes américaines en Irak, malgré des engagements clairs, l’Etat islamique avait repris une telle vigueur qu’il avait fallu deux ans plus tard renvoyer des troupes pour combattre les mouvements djihadistes…

Il faut également espérer que l’arrivée au pouvoir des Talibans ne donnent des idées aux pays frontaliers et notamment l’Ouzbékistan. Le Mouvement Islamique d’Ouzbékistan qui fut longtemps l’armée de Ben Laden, d’abord membre de l’Etat Islamique, avait fui l’Afghanistan pour rejoindre les rangs des Talibans.

Il faudra donc être particulièrement vigilant à l’évolution de la situation dans ce pays et conditionner les aides au développement aux engagements des Talibans. Surtout quand les caméras des médias occidentaux auront disparu de l’Afghanistan…

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