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Sauvons le sport dans les quartiers

Avec quelques 70 élus, j’ai signé cette tribune appelant à aider le sport dans les quartier et ses associations.

Monsieur le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports,

Madame la ministre déléguée aux Sports,

Pour faire suite à la réunion qui a eu lieu à Matignon ce lundi 23 novembre, réunissant plusieurs maires sur les quartiers prioritaires de la politique de la ville, et à la tribune portée par une diversité d’acteurs du sport (villes, associations, fédérations, athlètes et dirigeants sportifs…), nous vous adressons ce courrier.

Nous avons tiré la sonnette d’alarme, car nos projets mis en œuvre dans les quartiers les plus sensibles de notre pays, malgré leur efficacité et leur utilité sociale, sont trop peu soutenus et pas assez reconnus. A titre d’exemple, les associations pionnières du socio-sport sont fragilisées par l’absence d’engagement pérenne (convention d’objectifs triennale) de l’Etat. Nous souhaitons coconstruire une politique publique ambitieuse et interministérielle permettant le développement de nos projets.

En réponse à notre mobilisation, le ministère des Sports ainsi que l’Agence nationale du Sport ont évoqué un budget de 75 millions d’euros affecté aux projets sociosportifs (éducateurs, équipements, formations…) : nous souhaiterions avoir plus d’informations concernant l’orientation de ces aides, la sélection des projets financés et le mode d’attribution de ces financements. Ce budget pourrait également permettre de financer les propositions rédigées par une diversité d’acteurs lors du « Plan Banlieue ».

Le sport, moteur du pacte républicain

Dans le cadre des travaux du « Plan Banlieue », il y a plus de trois ans, la pratique sportive avait été positionnée comme un élément central du rapport Borloo, dont un programme s’intitulait « Développer et insérer nos quartiers par le sport ». Le rapport précisait ainsi le rôle sociétal du sport : « C’est un univers qui a un vrai contact avec la jeunesse, noué dans la durée et dispensant des valeurs par l’exemple.C’est un moteur essentiel du pacte républicain. C’est le meilleur levier pour accompagner l’insertion sociale et professionnelle et l’accès à l’emploi. C’est aussi souvent le dernier lien avec certains jeunes en situation de décrochage scolaire et social. »

Ce rapport décrivait une situation alarmante pour nos quartiers : « Nos quartiers, avec 9 000 équipements, sont à près de 40 % en dessous de la moyenne de l’agglomération et comptent deux fois moins de licenciés. Un taux de chômage presque 3 fois supérieur. » Il préconisait plusieurs mesures fortestelles que :

  • « former et recruter 5 000 coachs d’insertion par le sport (éducateurs sportifs en club ou associations, éducateurs spécialisés ou scolaires), qui contribueront à développer 50 0000 parcours de jeunes des QPV et ZRR ;
  • mettre à niveau 1 000 équipements pour se rapprocher de la moyenne nationale et assurer le développement de 100 centres sportifs “Sport dans la ville” ;
  • former 10 000 jeunes à la préparation et l’animation des JOP 2024… ».

Par ailleurs, une proposition avait également été envisagée pour le monde sportif fédéral avec la mise en place, pour chaque fédération sportive délégataire de service public, d’un rapport annuel à remettre au ministère des Sports pour justifier « des moyens mis en place pour développer leur pratique dans les quartiers, d’une augmentation de pratiquants au sein des quartiers et du nombre d’emplois créés au sein des QPV ».

Un signal de reconnaissance était attendu par l’ensemble des acteurs pour souligner l’engagement immédiat de l’Etat dans le cadre de ce programme, à travers une dotation exceptionnelle et unique de 10 000 euros qui aurait été affectée aux 15 000 clubs amateurs dans les 1 500 QPV, quelle que soit leur taille.

Malheureusement, trois ans plus tard,les associations ainsi que les élus locaux constatent que la dynamique impulsée par ce plan est inexistanteet que peu de projets sont finalement soutenus. Pourtant, ces projets s’inscrivent dans le cadre de la démarche que nous défendons : utiliser le sport comme un levier pour répondre à des enjeux de société (éducation, insertion socioprofessionnelle…) sur nos quartiers (QPV) plus vulnérables à la crise sanitaire que le reste du territoire.

L’impact du Covid-19

Cette situation sanitaire a eu un impact dramatique sur les associations sportives, et notamment celles implantées dans les quartiers. Une étude, réalisée par l’Agence nationale de la Cohésion des Territoires, indique que 90 % des associations ayant répondu ont signalé un impact « fort » ou « très fort » à court terme du Covid-19 et plus des 2/3 des répondants ont vu leur activité baisser d’au moins 60 % lors du premier confinement.

Cette situation a également eu un impact considérable sur le modèle économique des petites associations, avec la forte diminution des inscriptions prise de licences(pour la saison 2020-2021) auprès des associations culturelles et sportives :

  • – 23 % dans les clubs sportifs d’Allonnes (Sarthe),
  • – 25 % pour les associations de Chanteloup-les-Vignes (Yvelines),
  • – 43 % pour les associations d’Arras (Pas de Calais),
  • – 50 % pour celles de Grigny (Essonne).

Finalement, l’étude publiée lundi dernier par l’Agence nationale de Sécurité sanitaire de l’Alimentation, de l’Environnement et du Travail (Anses) alerte sur la sédentarité et l’inactivité physique notamment des adolescents.

Création de 5 000 emplois sportifs

Historiquement, la France a démontré un vif intérêt quant à l’utilité du sport, avec notamment la création de la fondation du Sport Français, initiée par M. Jacques Chirac et M. Jean-François Lamour, pour financer des projets sociosportifs avec l’appui de grandes entreprises (Veolia, EDF, Française des Jeux, Coca-Cola, Havas…), la création d’un Pôle ressources national « Sport, éducation, mixités, citoyenneté »(fermé en mars 2019) et la mise en place d’un réseau national sport insertion (CNOSF/EDF) regroupant plus d’une centaine d’agents de développement pour permettre le déploiement de nos actions.

A l’heure ou nos associations rencontrent des difficultés majeures, alors qu’elles sont souvent le dernier rempart pour une jeunesse parfois désespérée, il devient plus qu’urgent d’engager largement une nouvelle relation de confiance envers les acteurs du sport des zones les plus fragiles de notre pays. Aussi, pour établir la confiance, nous demandons la mise en place et l’application du « Plan Borloo » car il est crucial que des moyens rapides soient mise en œuvre. Nous proposons donc prioritairement :

  • un fonds pérenne d’urgence, simple d’utilisation, pour assurer la survie des associations sportives impliquées dans les quartiers de notre pays (budget de 50 millions d’euros) ;
  • la création et le financement de 5 000 emplois sportifs (éducateur, coach d’insertion…) dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville et les zones de revitalisation rurales (budget de 60 millions d’euros) ;
  • un réseau d’incubateurs pour accompagner la montée en compétences d’une centaine d’acteurs par année (budget de 1,5 million d’euros) ;
  • le financement de conventions triennales avec les 100 meilleures initiatives de l’éducation et de l’insertion par le sport (budget de 10 millions d’euros) ;
  • la création d’un outil pour mesurer l’impact social des projets sociosportifs pour les fédérations, les villes et les associations (budget de 1 million d’euros) ;
  • l’attribution d’une enveloppe de 1 % du budget global des jeux Olympiques et Paralympiques sur des projets ou des dynamiques présentes dans les villes (QPV).

Un Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport

Nous vous proposons un bilan semestriel pour le suivi de l’ensemble des mesures. Afin qu’une nouvelle dynamique collective soit mise en place, nous proposons le lancement d’un Grenelle de l’éducation et de l’inclusion par le sport, le lundi 1er février 2021, à Garges-Lès-Gonesse. Il réunira massivement l’ensemble des acteurs auprès des maires qui souhaitent coconstruire le sport de demain dans les quartiers.

Monsieur le ministre de l’Education nationale, de la Jeunesse et des Sports, alors que nos territoires sont au bord d’une explosion sociale majeure, les acteurs locaux du sport, qui ont des réponses à apporter et des résultats concrets, sont à bout de souffle ! Nous sommes prêts à nous engager pour accompagner encore plus de jeunes laissés sur le bord de la route, mais avons pour cela besoin de coconstruire une nouvelle vision du sport avec des moyens adaptés.